Le « village-usine » de Kichompré : un exemple de patrimoine industriel vivant

Auteur

Julien GINGEMBRE, docteur en géographie

EA 7304 LOTERR – Université de Lorraine

Résumé

Gérardmer constitue une destination touristique majeure pour le massif vosgien et pour la Lorraine. Sa renommée touristique n’a toutefois pas éclipsé la réputation du textile, dont la commune demeure encore actuellement l’un des fleurons. Pourtant, ce n’est pas au cœur de la cité que la première implantation industrielle textile gérômoise a été réalisée, mais bien à Kichompré, hameau à l’écart du centre et quasiment inoccupé jusqu’à l'installation d'une usine. À l’instar de sa voisine La Bresse, Gérardmer offre alors à notre regard un paysage marqué à la fois par la dualité de ces deux fonctions, le tourisme et l’industrie, et par l’épaisseur du « palimpseste » laissé par l’activité industrielle.

Par cette double entrée paysagère et géohistorique, nous proposons d’étudier plus particulièrement ce village-usine de Kichompré où le tissage de l’entreprise Garnier-Thiébaut poursuit la fabrication de produits textiles. Par le maintien de son activité, l'entreprise participe à faire de ce petit géosystème industriel un « patrimoine vivant ». La finesse de l’échelle du terrain choisi nous invite à adapter les méthodologies couramment utilisées en géographie. Il s’agit ici de s’appuyer conjointement sur le paysage et la géohistoire. Dans les sciences humaines, la géohistoire a pour objet d’intégrer les temporalités et les périodicités dans la compréhension des réalités spatiales en mobilisant les outils du géographe. Au cœur de la démarche géohistorique, le paysage tient une place prépondérante. L’usage de schémas et d’interprétations photographiques y est courant afin d'apporter des outils méthodologiques et pédagogiques.

Nous proposons une analyse rétrospective des paysages actuels de Kichompré qui constitue un exemple de « village-usine » entièrement créé et développé pour l’industrie textile au cours des XIXe et XXe siècles. Si les exemples de ce type ne manquent pas dans les Vosges, le cas de Kichompré se démarque par son évolution singulière au cours du temps : création ex nihilo, important développement, destruction lors de la Seconde Guerre mondiale, modernisation durant la deuxième partie du XXe siècle puis maintien et spécialisation de l’activité. L’intérêt d’étudier le territoire de Kichompré par une approche géohistorique est donc multiple : comprendre les causes du développement industriel de ce territoire ; en retracer les grandes étapes ; analyser les mutations actuelles ; en questionner la pérennité.

Eléments biographiques

Julien Gingembre est docteur en géographie au laboratoire LOTERR (Universtié de Lorraine). Spécialisé dans les problématiques de la métropolisation et des réseaux de villes, sa thèse porte sur le Sillon Lorrain. Plus largement, ses thèmes de recherche s'inscrivent dans le champ de la géographie régionale appliquée et dans l'étude du territoire lorrain. Originaire des Vosges, son expérience pasée dans l'industrie textile l'a amené à préserver un intérêt pour la thèmatique.

Bibliographie sélective

GINGEMBRE Julien, Kichompré et Garnier-Thiébaut : genèse et mutation d’un village-usine vosgien, Annales de la Société d’émulation des Vosges, Épinal, à paraître en 2017,

GINGEMBRE Julien, « La spécialisation résidentielle dans le Sillon Lorrain », Revue Géographique de l’Est, 2016, vol. 56 / n°3-4. http://rge.revues.org/5922

GINGEMBRE Julien, « Les enveloppes territoriales de la Déodatie », ROTHIOT Jean-Paul, HUSSON Jean-Pierre (dir.), Saint-Dié-des-Vosges et la Déodatie : patrimoine, société et paysage, [Actes des Journées d’Études Vosgiennes, Saint-Dié-des-Vosges, du 23 au 25 octobre 2015], 2016, p. 500-509.

GINGEMBRE Julien, HUSSON Jean-Pierre (2016), « Saint-Dié-des-Vosges, la capitale des géographes», The Conversation. https://theconversation.com/saint-die-des-vosges-la-capitale-des-geographes-65835

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