« Mon métier à tisser, mon coin de paradis ». Le tissage à domicile autour de Sainte-Marie-aux-Mines jusqu’en 1950 : perspective européenne sur une expérience oubliée

Auteur

Ségolène PLYER, maîtresse de conférences

EA 3400 ARCHE – Université de Strasbourg

 

 

Résumé

En contre-point de mes recherches sur la région textile de Bohême orientale (entre Hradec Králové/Königgrätz et la frontière silésienne, autour de Trutnov/Trautenau) au tournant du XIXe et du XXe siècle, j’ai été amenée à m’intéresser au filage à domicile dans la région de Sainte-Marie-aux-Mines. En effet, les ressemblances structurelles sont frappantes entre ces deux régions de moyenne montagne, bien reliées à des capitales régionales, dont la population paysanne acceptait des salaires bas pour tisser le fil fabriqué en ville.

Une première différence tient à la chronologie : en Bohême, le travail à domicile fut supplanté par les usines dans les années 1920 tandis que dans les Vosges, il s’est maintenu jusqu’au début des années cinquante. Une seconde différence est liée aux sources : dans l’actuelle République tchèque, les archives de cette période sont lacunaires sur un phénomène qui concernait des cantons jadis germanophones (la population allemande a été expulsée entre 1945 et 1949). Il s’agit surtout de rapports d’inspecteurs du travail autrichiens à la fin du XIXe siècle, d’articles de presse, de débats parlementaires, de mémoires (publiées après la Seconde guerre mondiale)… la question de la pauvreté de ces paysans-ouvriers étant récurrente. Mais celle que je pose, à savoir de comprendre leur politisation entre les réformes électorales autrichiennes de 1884 et 1907, ne peut y trouver de réponse.

En revanche, si les sources vosgiennes sont tout aussi lacunaires, la continuité du peuplement, la proximité temporelle plus grande avec l’arrêt de ce mode de production, l’intérêt enfin des gardiens du patrimoine local, offrent une situation plus avantageuse pour comprendre « de l’intérieur » comment était vécue cette situation socio-économique. En m’appuyant sur les documents conservés de la firme Blech frères (archives de la communauté de commune du Val-d’Argent), les archives de la direction du travail (archives départementales de Colmar) et les témoignages de MM. André Bosshardt (Thannenkirch) et Georges Jung (Sainte-Marie-aux-Mines), il sera possible d’aborder l’organisation de la production textile autour de Sainte-Marie-aux-Mines, alliant centre urbain et travail à domicile paysan d’une part, et d’autre part les conséquences pour l’organisation politique et syndicale locale au XXe siècle, en une (brève) comparaison avec la politisation de la Bohême orientale entre 1880 et 1930.

Eléments biographiques

Les recherches de Ségolène Plyer, maîtresse de conférences à l’université de Strasbourg, portent sur la Bohême orientale dans la première mondialisation (années 1880 – années 1940). Ce territoire semi-périphérique, caractérisé par une industrie textile exportatrice très moderne, s’ouvrit aux circuits mondiaux d’échanges tandis que les communautés tchécophone et germanophone qui le peuplaient, tendaient à s’exclure mutuellement. L’expulsion des Allemands entre 1945 et 1946 acheva un cycle de mondialisation, de démocratisation mais aussi de tensions sociales et nationales, à la fois typique de l’Europe centrale et propre à remettre notre actualité en perspective.     

Bibliographie sélective

PLYER Ségolène, « L’épuration tchécoslovaque, la question allemande et la formation du Bloc de l’Est (1945-1955) », BERGÈRE Marc, DAVIET Marie-Bénédicte (dir.), Pour une histoire transnationale des épurations en Europe au sortir de la deuxième guerre mondiale, Peter Lang, à paraître.

PLYER Ségolène, « Récits de vie et expulsion : l’exemple des Allemands des Sudètes », HERBET Dominique, HÄHNEL-MESNARD Caroline (dir.), Fuite et expulsion des Allemands : transnationalité et représentations, XXe-XXIe siècle, Lille, Presses universitaires du Septentrion, 2015, p. 367-388.

 

Actualités