Regards photographiques sur... Patrimoine et jeunesse

Regarder le patrimoine avec les yeux de la jeunesse c’est aussi s’interroger sur la manière dont l’un raconte l’histoire de l’autre. L’architecture et le mobilier montrent la place accordée (ou non) à l’enfant et au jeune dans la société.

Le choix de photographies présentées, sélectionnées parmi celles réalisées dans le cadre des opérations en cours, a privilégié le rapport entre  les espaces d’enseignement,  de sport et  de jeux. A la majesté altière du lycée Poincaré de Bar-le-Duc qui proclame dès son portail les axes du programme scolaire (lettres, art, sciences) répond la joie des enfants dansant autour des arbres (fresque d’Hélène de Laroche à Metz, Lycée Georges de La Tour). Cette joyeuse insouciance apparente ne doit pas cacher le souci de protéger l’enfant des risques militaires (Nancy, abris souterrain sous le lycée Jeanne d’Arc).

Le patrimoine témoigne de l’arrivée des nouveautés pédagogiques : de l’enseignement de la gymnastique intégré dans le programme architectural de Bar-le-Duc (1847), avant même qu’il ne devienne obligatoire (Loi Georges 1880) à l’usage des nouvelles technologies que furent les projections avec les lanternes magiques et autres projecteurs à diapositives. L’importance accordée à la pratique sportive suscita des choix originaux comme l’installation de gymnase à l’étage ou la transformation des salles de fêtes pour y accueillir espaliers et agrès. Peu à peu, le plateau sportif prit autant de place dans le paysage urbain que l’établissement proprement dit (Toul, lycée Claude Gellée).

Le jeu reste un élément indissociablement lié à l’enfance, parfois de manière intemporelle : seule la localisation stratigraphique permet de dater une bille en pierre. Mais est-il réservé aux petits ? Les jeunes soldats américains se sont inspirés du  dernier dessin animé (à  l’époque)  de Walt Dysney, The Tree Caballeros, en dessinant sur l’enduit pour tromper l’ennui de leur cantonnement à Vandoeuvre-lès-Nancy.

Regards photographiques sur… patrimoine et jeunesse est aussi l’occasion de rendre hommage à l’inventivité des photographes de l’Inventaire général qui ont su se mettre à hauteur d’enfant pour capter le ressenti de celui-ci dans les espaces conçus pour lui.

Système de renouvellement de l’air, abri de guerre, lycée Jeanne d’Arc – Nancy (54)

En application de la loi du 21 décembre 1880, est construit un lycée de jeunes filles à Nancy après d’importantes controverses au sein du conseil municipal. Les travaux sont menés par Albert Jasson, architecte de la ville et le lycée ouvre en 1900.

En sous-sol sont construits des abris destinés à protéger les élèves en temps de guerre.

Piscine du Palmarium , architecte Fernand CÉSAR 1934-1936 - Vittel (88)

D’abord utilisé comme usine d’embouteillage, ce vaste volume est modifié par l’architecte Fernand César en 1934 pour abriter une collection de palmiers. Il y gagna son nouveau nom de Palmarium.

Mais dès 1936, il fut transformé par le même architecte en piscine, non pas thermale mais sportive.

En effet, l’une des spécificités de Vittel fut dès le début du XXème siècle, l’importance accordée à la pratique sportive et plus particulièrement à celle des enfants à qui différentes activités furent proposées.

Gymnase de l’école Saint-Dominique – Nancy (54)

La salle des fêtes construite en 1910-1911 par l’architecte Pierre Lebourgeois servait pour les pièces de théâtre jouées par les élèves et à la distribution des prix. Elle a été transformée dans le 4e quart du XXe siècle en gymnase.

Groupe scolaire reconstruit en 1954, architecte François-Boleslas de Jankowski – Corcieux (88)

L’architecture scolaire et sportive s’adapte aux enfants. Le préau du groupe scolaire de Corcieux est ainsi pourvu de bancs à hauteur d’enfants le long des murs mais aussi des piliers donnant à ceux-ci un rôle ludique.

Le préau est dès lors un espace de jeu et de sport mais aussi de repos où les élèves se regroupent par affinités.

Entrée du lycée Raymond Poincaré – Bar-le-Duc (55)

Le lycée fondé en avril 1854 par décret de Napoléon III, est construit entre 1855 et 1857 par l’architecte départemental Louis-Charles Demoget. Le lycée servit d’hôpital militaire durant les trois guerres de 1870, 1914 et 1939. En 2007, la chapelle est entièrement restaurée et aménagée en salle polyvalente par le Conseil régional.

L’avant-corps offre aux regards des élèves la devise de la ville de Bar-le-Duc, « Plus penser que dire », citation d’une poésie de Charles d’Orléans. Elle est complétée par la liste des principales matières alors enseignées : Lettres, Arts et Sciences.

Cour et préau de l’école Jules Ferry – Nancy (54)

Décidés en 1877, les travaux pour une nouvelle école sise rue des Jardiniers ne furent commencés qu’en 1881. Elle prit le nom de Jules Ferry en 1912.

Une vaste cour pourvue d’un préau bien aéré offre aux élèves des espaces de jeu mais aussi de gymnastique par tous les temps. Des arbres de haute tige donnent à la cour un ombrage appréciable.

Collège départemental Valcourt et lycée régional Camille Claudel - Toul (54)

Situé en bordure de ville, près de la Moselle, l’ensemble Valcourt-Camille Claudel abrite un collège et un lycée dont la construction est en partie due à Fernand Fillod.

La vue aérienne montre la juxtaposition de quatre espaces

  • un lieu de l’enseignement : le lycée
  • un lieu de pratique sportive : le stade
  • un lieu de divertissement  temporaire : le cirque
  • des lieux d’habitation : zone pavillonnaire le long de la route

Ancienne synagogue, école hébraïque - Fenétrange (57)

Cette salle de classe destinée à l’enseignement religieux des enfants (Talmud Torah) a été aménagée au XIXème siècle, au rez-de-chaussée du bâtiment abritant la salle de prière. Installée à la fin du XVIIIème siècle chez un particulier, à l’étage d’une maison de la rue des juifs, au-dessus d’une étable, la synagogue de Fénétrange a été rachetée par la communauté et agrandie au XIXème siècle. Dernière de ce type en Lorraine, elle témoigne d’une disposition autrefois fréquente dans les petites communautés rurales.

Ancienne école Sainte-Bernadette, prise de vue en 2006 - Nancy (54)

L’école privée Sainte-Bernadette est aménagée rue de Boudonville à l’instigation de l’abbé Collot, curé de la paroisse Saint-Mansuy. Construite en 1887 par l’architecte Emile Jacquemin, elle est alors tenue par les sœurs de la Congrégation de Sainte-Chrétienne. Fermée en juin 2006, elle est transformée en centre d’accueil municipal de la petite enfance.

Bille, collection particulière – Nancy (54)

Réalisée une en pierre veinée qui lui donne une esthétique particulière, cette bille a été trouvée lors d’un sondage archéologique.

Elle fut peut être utilisée pour un jeu de plateau ou plus simplement pour jouer aux billes, cette activité longtemps évocatrice des cours de récréation et des jeux d’enfants.

En tout état de cause, elle témoigne de la permanence au travers des siècles d’une pratique ludique partagée entre toutes les générations et de nombreuses cultures.

Lycée George de la Tour, fresque de H. DELAROCHE - Metz (57)

Réalisée a fresco sur mortier, cette ronde des fillettes orne l’un des halls d’escalier. Cette peinture d’Hélène Delaroche fait partie de la campagne de travaux orchestrée par l’architecte Théophile Dedun en 1933- 1934 pour agrandir l’établissement réservée aux jeunes filles.

L’artiste : né à Etiolles (Essonne), Hélène Delaroche est une élève de Jean-Paul Laurens. Elle est sociétaire du salon des artistes français à compter de 1932 et y obtient la 2nde médaille en 1937. Son œuvre, surtout religieuse, est moins connue que celle de son mari, Nicolas Untersteller.

Cour de l’école de Boudonville – Nancy (54)

Pour accueillir les enfants du nouveau quartier de Boudonville, la ville confia à l’architecte Prosper Morey la construction d’une nouvelle école en 1879.

Ouverte en 1882, elle fut complétée par de nouveaux espaces pour les filles, une école maternelle en 1910 puis de nouvelles  classes en 1956-1957.

De grandes baies éclairent les salles dont la hauteur sous plafond avait été conçue pour garantir une aération suffisante. Une vaste cour permet d’offrir un terrain de détente aux enfants.

École communale Ory, projecteur de diapositives - Nancy (54)

L’ école Ory fut construite en 1886 par l’architecte municipal, Albert Jasson (1849-1923) sur un terrain acquis par la ville en 1885. Les travaux financés par un don important de M. Ory sont terminés pour la rentrée d’octobre 1887.

L’utilisation de projection d’images fixes ou mobiles permit à partir des années 1950 de diversifier la pratique pédagogique. Fabriqués en série et présents dans la plupart des établissements scolaires, ces projecteurs n’ont guère été conservés.

Temple Saint-Jean, lanterne magique - Nancy (54)

Chaque confession apporte un soin particulier à l’enseignement religieux des enfants.

Dans les Églises protestantes, la bonne connaissance de l’Écriture sainte passe par une pédagogie efficace. Cette lanterne magique permet la projection de photographies de la Terre Sainte ou de gravures racontant les principales scènes de l’Ancien et du Nouveau Testament.

Régulièrement, de nouvelles diapositives sur verre étaient proposées par l’Office protestant de projections lumineuses, sis dans les locaux de l’Église réformée de France. Certaines réalisées manuellement permettaient l’apprentissage de  nouveaux cantiques.

Si les plus anciennes conservées à Nancy peuvent remonter au début du XXème siècle, d’autres ont été produites dans les années 1950.

Ecole Didion Raugraff – Nancy (54)

A la fin des années 1950, dans le cadre du projet de rénovation de l’ensemble du quartier Saint-Sébastien, les écoles primaires et maternelles du quartier sont démolies ou désaffectées, un nouveau groupe scolaire est alors créé pour le secteur Didion-Raugraff. Ce projet est confié à l’architecte Henri Prouvé (1915- 2012), en 1960.

Le bâtiment est construit entre 1967 et 1968 pour accueillir une école de filles et une école de garçons, chaque école comptant 11 classes, une classe de travaux manuels, quatre classes de perfectionnement pour adolescents, et une classe de perfectionnement pour enfants d’âge scolaire primaire. En février 1968, six classes sont insonorisées pour la mise en place de classes musicales avec horaires aménagés. Depuis,  le bâtiment accueille le collège Guynemer aux 2e et 3e étages, le 4e étage est occupé par un

gymnase et deux appartements.

Salle de lecture de la bibliothèque de la faculté de droit – Nancy (54)

Pour remplacer le bâtiment détruit le 31 octobre 1918, fut érigée une nouvelle bibliothèque par les architectes Alfred Thomas et Jean-Frédéric Wielhorski. Pour l’aménagement des intérieurs on fit appel au maitre-verrier Jacques Gruber, à la maison d’ébénisterie Majorelle et au ferronnier Jean Prouvé.

Gymnase de l’école Didion Raugraff – Nancy (54)

Depuis 1880, l’enseignement de la gymnastique est obligatoire pour les garçons du primaire et du secondaire. Mais la grande période de construction des gymnases correspond à l’essor démographique des Trente Glorieuses.

Le vaste espace du gymnase fait partie des programme de construction de tous les édifices scolaires comme ici à l’école Didion-Raugraff. Ce projet fut confié à l’architecte Henri Prouvé (en 1960.

Amphithéâtre du lycée des métiers de l’industrie graphique Paul-Louis Cyfflé – Nancy (54)

Le lycée professionnel Paul-Louis Cyfflé est construit à partir de 1925 par l’architecte Jean-Frédéric Wielhorski pour la municipalité de Nancy afin d’y accueillir l’école primaire supérieure de garçons.

Au rez-de-chaussée, un amphithéâtre avec une galerie sur trois côtés est dédié aux manifestations importantes dans la vie scolaire comme la distribution des prix.

Gymnase du lycée Raymond Poincaré – Bar-le-Duc (55)

Le gymnase du lycée impérial Raymond Poincaré fut construit en 1857 par l’architecte départemental Charles-Louis Demoget. Vaste bâtiment édifié en pierre de taille, il offre en extérieur une certaine monumentalité témoin de l’importance accordée au sport en vertu de l’adage « mens sana in corpore sano » (un esprit sain dans un corps sain). Cette formule s’insère d’autant mieux dans l’éducation classique qu’il s’agit d’un vers du poète latin Juvénal.

Ce bâtiment est d’autant plus intéressant qu’il est antérieur à la loi du 27 janvier 1880 (Loi Georges) qui rendit obligatoire l’enseignement de la gymnastique pour tous les garçons.