Dommartin-sur-Amance, maison forte

L’étude monographique de l’ancienne maison forte de Dommartin-sur-Amance a été menée avec un triple objectif : donner à la commune des éléments pour construire son projet, assurer par la documentation la mémoire d’éléments dont l’état ne permettait pas d’envisager la conservation matérielle et enrichir la connaissance en matière de patrimoine péri-urbain de Nancy.

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Un exemple de valorisation du patrimoine communal

[Article de Martine Tronquart, Conservateur du patrimoine - Patrimoines et Inventaire général - Région Grand-Est - site de Nancy]

Bâtie sur un promontoire, à proximité de l’église, l’ancienne maison forte de Dommartin-sous-Amance domine le village. Sa haute silhouette se détache dans le paysage, attirant le regard du promeneur venant d’Agincourt.

Citée pour la première fois comme château de Dommartin (1), dans un texte de 1633, qui fait la description des droits de la seigneurie, l’édifice constituait le lieu de résidence des seigneurs locaux, petit lignage qui aurait ascendu au titre de noblesse à la fin du XIIIe siècle (2).

Loin de l’image que l’on se fait généralement du château, cette grosse bâtisse de plan carré est cependant considérée comme tel par les habitants du secteur. Ce constat oblige à moduler la définition de la maison forte et du château, qui s’avère quelque peu différente entre l’historien et le villageois,  le chercheur et le visiteur. Quoiqu’il en soit et bien que remanié, l’édifice conserve des traces d’éléments défensifs dans le comble. Ce sont notamment des vestiges de meurtrières, à savoir des tourillons (sorte de corbeaux) qui portaient les huchettes (volets pivotants sur l’axe horizontal supérieur obturant la meurtrière). Par ailleurs, quelques éléments architecturaux attestent l’ancienneté du bâtiment. Il s’agit de fenêtres trilobées qui pourraient dater de la fin du 15e siècle ou du début du 16e siècle. Deux d’entre elles sont bien visibles sur la façade antérieure alors que trois sont murées sur les autres façades.

Progressivement sans que l’on puisse donner de date précise, l’édifice perd sa fonction défensive et seigneuriale pour une vocation purement résidentielle.  Mis à part la quasi disparition des meurtrières, l’intérieur est réaménagé, notamment au cours du 18e siècle. Deux grandes portes sont ouvertes en rez-de-chaussée, créant un couloir traversant est-ouest. Deux oculi éclairant la cage d’escalier sont percés sur la façade antérieure. À l’intérieur, l’escalier est entièrement repris, une rampe à balustres en bois y est posée. Lambris, cheminées, alcôve sont mises en place dans les quatre pièces à l’étage, le rez-de-chaussée est occupé par la cuisine, dont on conserve une vaste cheminée, et par deux pièces probablement dévolues à la réception.

Au milieu du 19e siècle, une nouvelle et troisième fonction s’ouvre pour l’ancienne maison forte qui devient le centre d’une exploitation agricole. Afin de répondre aux nouveaux besoins, le bâtiment est transformé et agrandi. Un corps est construit sur le côté sud en 1852, comme l’indique la date portée sur la façade. Cette adjonction abrite grange, hangar et cellier jusqu’aux années 1960, avant sa transformation en mairie. Du côté nord, un corps à un seul niveau couvert en appentis est accolé à la façade latérale, il renferme un vaste four à pain. Peut-on le considérer comme une réminiscence de l’ancien four banal, dont les archives mentionnent l’existence à la fin du 16e siècle (3)? Hypothèse quelque peu hasardeuse, dans la mesure où ce four, tel qu’il se présente aujourd’hui, résulte d’un usage privé. Inscrit dans l’organisation fonctionnelle de la ferme du 19e siècle, il est en liaison avec la cuisine et la salle à manger situés au rez-de-chaussée de l’ancienne maison forte.

En 1965, la municipalité acquiert l’ensemble des bâtiments. La partie agricole est alors aménagée en mairie. Quant à l’ancienne maison forte, son devenir reste en suspense durant plusieurs années, jusque 2008, date à laquelle l’ensemble des élus décide de sa sauvegarde avec l’ambition de l’ouvrir au public. Il aura fallu plus de six ans et beaucoup de persévérance pour qu’un projet muséal voie le jour. Le bâtiment est alors réhabilité par la commune, le chantier mené par des bénévoles du foyer rural et quelques conseillers municipaux qui remettent en état l’intérieur, la toiture et deux des façades sont entièrement restaurées. L’édifice rénové est inauguré en septembre 2014. Il abrite une collection privée liée essentiellement aux guerres du XXe siècle. Ce fonds fait l’objet d’une mise en valeur à travers une exposition renouvelée chaque année dont la thématique est de présenter évènements et objets de la Grande Guerre, année par année. Ouvert chaque premier dimanche du mois, l’ancienne maison forte a accueilli plus d’un millier de visiteurs depuis 2014. Elle constitue un exemple de réhabilitation tout à l’honneur d’une petite municipalité.

(1) Cité dans Lepage, Les communes de la Meurthe : journal historique des villes, bourgs, villages, hameaux et censes de ce département. Reprod. en fac-sim. Nancy : Berger-Levrault, 1978. (Réimpression de l'édition de Nancy de 1853), tome I, p. 308-312.

(2) Gérard Giuliato, Châteaux et maisons fortes en Lorraine centrale au Moyen Âge (Xe-XVe siècles). Thèse de doctorat de 3ème cycle, Université de Nancy 2, 1984, tome II, p.266-267.

(3) AD R4 B 2233 fol. 9 r° : comptes du receveur d’Apremont, 1578-1579.

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Diffusion des données

Bibliographie :

  • TRONQUART, Martine. Chronique du patrimoine : la maison forte de Dommartin-sous-Amance, un exemple de valorisation du patrimoine communal. Le pays lorrain, septembre 2016, n°3, p. 223-224 : ill.

Notices versées dans les bases nationales du Ministère de la Culture et de la Communication: