Vandœuvre-lès-Nancy - Camps de prisonniers allemands

La destruction programmée des communs du château du Charmois a conduite à une étude conservatoire d’un patrimoine peu pris en compte : les traces d’un camp de prisonniers allemands à la fin de la seconde Guerre mondiale. Mise en œuvre par le service régional de l’archéologie (Drac-Metz), l’opération a associé le SRI pour une importante couverture photographique et a fait l’objet d’une communication au public par l’intermédiaire d’exposition y compris en Allemangne.


Les peintures monumentales de la ferme du Domaine du Charmois

Un camp de prisonniers allemands à Vandœuvre

Comme l'atteste une inscription sur la façade du bâtiment, les écuries du château du Charmois ont abrité en 1945 une Labor Service Company, compagnie de travail constituée de prisonniers allemands au service de l'armée américaine. Les Labor Service Company furent créées afin de fournir aux troupes alliées une aide logistique (ravitaillement, entretien du matériel, construction…). Elle se composaient en moyenne de 300 prisonniers commandés par un officier américain. Les archives de la Croix-Rouge mentionnent dans le secteur de Nancy l'emploi de prisonniers allemands pour diverses tâches d'entretien (serrurerie, menuiserie, peinture) ainsi que comme chauffeurs et serveurs dans les cantines militaires. Les écuries du Charmois ont été transformées en logement de manière sommaire, notamment en tentant d'isoler le bâtiment contre le froid à l'aide de vieux cartons de rations de l'armée américaine. Les prisonniers de Vandœuvre étaient donc plus favorisés que leurs camarades d'autres camps logeant sous tente, mais leurs conditions de détention étaient toutefois loin d'être idéales.

Des peintures murales représentatives de la vie quotidienne

Les peintures murales qui ornent les écuries du château du Charmois ont été réalisées par plusieurs prisonniers. Elles font référence à certains aspects qui ont particulièrement marqué leur vie :

La faim : bien que mieux nourris que leurs camarades ne travaillant pas, les prisonniers allemands des compagnies de travail ne touchaient pas toujours la ration de 2600 calories par jour à laquelle ils avaient droit en théorie. Et même lorsque c'était le cas il semble qu'ils aient eu du mal à s'habituer aux rations concentrées de l'armée américaine, qui ne parvenaient pas à les rassasier.

Le mal du pays : éloignés de leur foyer par une captivité dont ils ignoraient quand elle prendrait fin, les prisonniers ne recevaient que peu ou pas de nouvelles de leurs familles, surtout lorsque celles-ci résidaient dans la zone d'occupation soviétique. Ces cruelles incertitudes conduisaient parfois à des dépressions nerveuses, voire au suicide.L'humour qui est malgré tout présent dans les peintures murales du Charmois permettait donc aux détenus de lutter contre le « syndrome des barbelés » qui menaçait chacun d'eux.

JP Legendre, DRAC de Lorraine, service régional de l'archéologie

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